De l’enfance se couvrir de feuilles des savoirs
De l’âge les folioles à se faire une histoire
Et du temps les couleurs jusqu’à brûler le noir
Quand s’éteint la lumière au secret des fougères
© Alain MORINAIS
"Merci de nous faire entendre et voir votre chant singulier." François CHENG de l'Académie française __________________________________________ "Je ferai à la manière des surréalistes : ouvrir au hasard "Au-delà du vent la poussière des roses", c'est ainsi que j'ai déjà lu "Et le temps vient" et "Le visage traversé du temps", me laissant sûre de rencontrer des mots pour moi. Merci" Annie ERNAUX Prix Nobel de Littérature
De l’enfance se couvrir de feuilles des savoirs
De l’âge les folioles à se faire une histoire
Et du temps les couleurs jusqu’à brûler le noir
Quand s’éteint la lumière au secret des fougères
© Alain MORINAIS
J’avais la mémoire des cailloux du Buech
des trous d’eau de l’été à s’apprendre y baigner
Les chemins d’aventure menant aux pieds des monts
de l’enfance nos géants
De la Jarjatte au cœur d’un vallon de jeux d’avant
les rêves chantaient de s’y vivre éveillés
Les copains s’appelaient Ifig Ahmed Ismaël
les rires étaient la langue des accents maternels
J’ai voulu retourner où liberté fraternelle
plus que les mots m’ont été enseignés
Les arbres ont pris leur aise au lit du torrent
Les trous ont perdu la mémoire de l’eau
Les monts regardent les constructions attendant l’hiver
La neige fait plus d’argent que les colos d’avant
Les bâtiments de nos vacances toujours restées les plus grandes
ont perdu leur charme d’antan
Mais coincées à fond de gorge
les larmes se rappellent les bonheurs d’autrefois
sans avoir à se dire c’était mieux avant
Mais quand même...
© Alain MORINAIS
Bien sûr le temps aura permis de dire
De mettre des mots sur des questions
si souvent sans réponse
Mais n’est-ce pas là l’essentiel
Poser les questions qui méritent d’être posées
Quand chacun avec ou sans doute
donne sa réponse
que la question sans doute vient parfois perturber
Oui bien sûr le temps aura permis ainsi de dire
Mais quand se fermera le livre ainsi posé
car il se fermera un jour
que restera-t-il de ses questions
empilées sous un tas de pages encartonnées
à l’abri des poussières du temps
Peut-être un jour
le vent tournera-t-il les pages ouvertes au hasard
sur une question attirant le regard
arrêtant le courant dans un moment tranquille
au détour d’une histoire
Et si le vent
qui connaît tout d’Éluard
ne croyait pas au hasard
mais pour un rendez-vous n’est-il jamais trop tard
© Alain MORINAIS
Je passe sous un nuage
Quand une ombre se penche
À la croire comme l’arc après la pluie
Elle a dans les yeux la lueur d’un passage
Des cheveux pervenche
Une mèche posée à la tête du lit
À l’envers des paupières se disent des histoires
Un œil ouvert s’accroche à son sourire
La lumière la réveille
Et me plonge en la chambre noire
© Alain MORINAIS
Il est des brumes à se penser de beau temps
Quand vues d’ailleurs elles ont du brouillard l’épaisseur
J’ai cherché les mots à faire lever le jour
Mais souvent la nuit sans lune épaississait
Comment illuniser un regard certain de ses soleils
Trouver les mots à éclairer la nuit
N’est-ce pas prendre les mots d’ici à comprendre l’histoire
Et regarder dedans sans se vouloir ailleurs
© Alain MORINAIS
Le 15 juin 2026 Annie ERNAUX Prix Nobel de littérature écrit :
Chère Delphine MORINAIS
Cher Alain MORINAIS
Un grand merci pour ce très beau travail de photographie et d’écriture. Cette « pierre au visage de femme » déploie tout son pouvoir mystérieux sur l’imaginaire dans le poème. La beauté comme un « rêve de pierre » s’incarne ici en photographies puissantes et en poésie croisée.
Bien à vous
Annie ERNAUX
Émergences, apparaît comme une œuvre hybride et profondément cohérente, à la frontière du livre d’artiste, du recueil poétique et de la méditation esthétique sur la mémoire, le féminin et le temps. Ce qui frappe d’abord, c’est l’ambition du dialogue entre les photographies de Delphine Morinais et les textes d’Alain Morinais. Le livre ne juxtapose pas simplement des images et des poèmes : il construit une véritable circulation intérieure entre eux. Les fragments visuels deviennent des déclencheurs de langage, tandis que les poèmes prolongent les images dans une zone de résonance mentale et émotionnelle.
L’axe central de l’ouvrage est clairement celui de « l’émergence » : émergence des formes, des mémoires, des voix féminines, mais aussi de ce qui demeure enfoui sous la surface du visible. Cette idée traverse tout le livre comme une basse continue. Les textes reviennent sans cesse sur : les profondeurs, les reflets, les traces, les eaux, les ombres, les fragments du temps, les voix empêchées ou silencieuses. Ainsi, dès les premières pages, le motif de « l’image étouffée » qui « tente de remonter » donne le ton d’une poétique de la remontée intérieure.
L’un des grands intérêts du livre réside dans son travail sur le féminin. Delphine Morinais ne traite pas la femme comme figure décorative ou symbolique figée : elle interroge la manière dont le corps féminin a été inscrit dans l’espace public, souvent contenu, assigné ou absorbé dans les architectures du pouvoir. Les fragments consacrés aux cariatides, à la Porte Saint-Denis, au Pont Mirabeau ou à l’Arc de Triomphe développent cette réflexion avec une réelle intelligence plastique et historique.
Ce qui est remarquable, c’est que le discours n’est jamais militant au sens démonstratif du terme. Il est davantage phénoménologique et poétique : les sculptures, les végétaux, l’eau et les matières deviennent des métaphores lentes de la résilience et de la transformation. Le livre préfère les déplacements subtils aux affirmations idéologiques frontales.
Sur le plan stylistique, la poésie d’Alain Morinais est immédiatement reconnaissable : longues phrases respiratoires, flux d’images, récurrence des éléments naturels, usage du miroir, de l’eau et de la lumière, mouvement constant entre abstraction et sensation.
L’écriture cherche moins le récit que l’état intérieur. Elle procède par nappes successives d’images et de sensations. Cela peut séduire fortement un lecteur sensible à la poésie contemplative et métaphysique.
Le livre fonctionne comme une immersion plus que comme une progression narrative.
L’autre réussite importante est la qualité éditoriale de l’ensemble. On sent un véritable objet pensé : structure en fragments, alternance image/texte, édition limitée, cohérence entre papier, photographie et voix poétique.
Le livre appartient clairement à une tradition du livre d’artiste contemporain où l’image n’illustre pas le poème et où le poème ne décrit pas l’image : les deux médiums s’interrogent mutuellement.
En définitive, Émergences est un ouvrage exigeant, lent, méditatif, qui demande au lecteur de consentir à une forme de traversée intérieure. Ce n’est pas un recueil à « consommer » rapidement ; c’est un livre d’atmosphère et de résonance, construit autour d’une vision du monde où la mémoire, le féminin, la matière et le temps s’interpénètrent continuellement.
Scène 1 L’enfance
Scène 2 Ne nous y trompons pas
Scène 3 L’horizon attend
Scène 4 De la vie n'est-il-pas
d'espérance
Acte 2
Scène 1 J'ai dans tes yeux peuplé les déserts
Scène
2 Aragon passe sous la fenêtre et chante
Acte 3
Scène
1 Simplement l'envie de se trouver
Scène 2 Assis aux portes du
réel et au-delà
Final
L’opéra poétique d’Alain MORINAIS « À la fenêtre du temps » possède une véritable ampleur. Il ne s’agit pas simplement d’un recueil de textes lyriques assemblés, mais d’une œuvre construite, portée par une voix intérieure cohérente, une respiration dramatique et une vision du monde très identifiable. Plusieurs aspects paraissent particulièrement remarquables. D’abord, la structure même de l’œuvre est réussie. Le découpage en actes, scènes et récitatifs crée un mouvement proche de l’oratorio ou du théâtre poétique. Cette polyphonie des voix évite la monotonie du « je » unique et permet de faire circuler les thèmes — mémoire, amour, guerre, espérance, engagement, transmission — dans une forme presque chorale. La progression dramatique est sensible : de l’enfance et des blessures du monde vers une quête intérieure puis vers une forme de dépassement spirituel et humain.
L’un des points forts majeurs est la puissance des images. Alain MORINAIS écrit par visions. Les paysages — mer, montagne, forêts, dunes, torrents, ciel, lumière — ne servent jamais seulement de décor ; ils deviennent des prolongements de la conscience. On retrouve une écriture très sensorielle, parfois proche du romantisme visionnaire, mais traversée d’une inquiétude contemporaine. Cette capacité à faire naître une géographie émotionnelle est l’une des signatures fortes du texte d’Alain MORINAIS.
L’œuvre est également portée par une sincérité existentielle réelle. Le « Final » notamment donne au livre une densité morale et humaine qui dépasse le simple lyrisme amoureux. Le poète y affirme une poésie de l’engagement, de la vigilance et de la fraternité : refus de l’injustice, mémoire de la guerre, inquiétude pour les générations futures. Cela donne au texte une dimension éthique qui rappelle parfois certains grands poètes de la parole civique. L’amour, quant à lui, est traité sans mièvrerie. Dans la partie consacrée à Dany, on sent la présence d’un amour devenu mémoire intérieure, presque métaphysique.
Le travail musical de l’écriture est remarquable. Beaucoup de passages semblent naturellement appelés à être dits ou chantés. Les répétitions, les retours de motifs, les refrains créent une scansion presque incantatoire. Cela confirme que le texte a bien été pensé comme « opéra poétique » et non comme simple suite de poèmes.
Enfin, l’écriture privilégie clairement l’élan visionnaire et émotionnel plutôt que la condensation. Alain MORINAIS est dans une poésie du flux, de la profusion, de la parole portée par le souffle. Cela constitue une identité forte, même si certains lecteurs contemporains, habitués à des formes plus sèches ou minimalistes, pourront trouver l’expression très dense.
Globalement, cette œuvre s’inscrit davantage dans une tradition de poésie habitée et humaniste — où l’on entend parfois des échos de Louis Aragon, de Paul Éluard, de René Char ou encore du souffle de certains poètes de la parole engagée — plus que dans les tendances formalistes ou ironiques de la poésie contemporaine actuelle.
Ce qui semble le plus important : le texte possède une voix. On reconnaît immédiatement un univers, une manière d’habiter le langage et le monde. C’est probablement la qualité la plus difficile à atteindre en poésie.
Prix Paul VALÉRY Alain MORINAIS
Comme Paul VALÉRY, Alain MORINAIS a choisi d’écrire une poésie fluide, libérée, dont le ciselage des vers n’est pas sans rappeler les phrasés brefs et impairs de celui qui offre son patronyme à notre prix. C’est de vers en vers et de page en page, dans les deux recueils présentés en concours – et que notre jury n’a pas voulu séparer ! - qu’Alain MORINAIS tire le parallélisme entre la Vie de la Nature, en éternel recommencement, et celle, toujours trop brève de l’être aimé, de tous ceux-là que nous aimons... En nous invitant à boire des « gorgées d’infini », pour connaître encore des « moments de sourire », Alain MORINAIS nous convie à croire en l’éternité de l’Amour, même si « la nuit » se révèle être « tango »... Adoptons, nous aussi, telle une bouée de sauvetage nous permettant de flotter sur une eau de sérénité, les vers de notre lauréat...
Véronique Flabat-Piot
Vice-Présidente et
Responsable des Prix de Poésie de la
Société des Poètes Français
À la Vitesse du Temps
La lumière traverse la nuit de part en part
Ignorant la trace des rayons.
Brûlés du sang des chemins parcourus
À la vitesse du temps où se referme le noir
Comme les taches des ors d’un puits sans fond
À la margelle invisible du ciel
Oublieux des ombres dans les yeux des étoiles.
Alain MORINAIS, In « Gorgées d’Infini » suivi de « Sans autre envie qu’un moment de sourire », Les Éditions de l’Écritoire du Poète, Thiais, 2025
Chaque Pas
À chaque pas
Arraché au poids du chemin
Je t’emmène avec moi
Quand le vent efface d’hier la trace
Tu es là
À chaque pas
Alain MORINAIS, In « La Nuit sera Tango », Les Éditions de l’Écritoire du Poète, Thiais, 2025
Nouvelle édition augmentée
Prix d'excellence 2026 décerné par
l'Académie Internationale l'école de la Loire
Auteur inconnu : Guillaume
Sites web : https://oleron.short.gy/oleron
« Merci de nous faire entendre et voir votre chant singulier. » Ces mots ne viennent pas d’un voisin. Ni d’un ami bienveillant. Ils viennent de François Cheng. Écrivain. Académicien.
Et ils sont adressés à Alain Morinais. Un poète qui vit une partie de l’année sur l'île d'Oléron. Et qui vient tout juste de recevoir l’un des grands prix de poésie francophone : Le Grand Prix Luc Vuagnat 2025. Un prix prestigieux. International. Décerné lors d’un congrès où se réunissent les plumes du monde francophone, organisé par la Société des Poètes et Artistes de France à Écully, près de Lyon.
Et cette année, c’est une poésie écrite sur Oléron… qui l’a emporté. Petit moment de FIERTÉ quand même. Le recueil primé s’appelle :
« L’Oléronaise ». Soixante-dix pages de balades poétiques sur l’île,
entre la lumière, la mer, les marais et le vent. Mais aussi des questions plus profondes, sur le monde qui change, le climat qui dérègle, les repères qui s’effacent. Ce n’est pas un simple carnet de vacances. Une écriture qui sent la broue du matin. Et la houle de mer en hiver. Qui traverse les dunes et les marais… En se laissant porter par l’eau, la lumière, les saisons, les doutes. Parce qu’on est loin d’un carnet de vacances. Entre les lignes, on sent une INQUIÉTUDE TRANQUILLE. * Des choses qui changent * Des repères qui s’effacent. Une île qui ne tient plus tout à fait la même place dans le silence. Ni dans le cœur. Mais ce n’est pas un cri. C’est un chant. Calme mais précis. Acéré comme le vent de phare. Et doux comme un soir d’été au bord d’une claire
Alain Morinais n’est pas natif de l’île. Mais il y vit une bonne partie de l’année, en partage avec elle. Il l’observe. Il l’écoute. Et c’est peut-être ça le plus touchant dans sa démarche : Il écrit sur l’île sans chercher à la posséder. Il ne parle pas à sa place, il parle avec elle. Il la laisse respirer à travers ses mots.
Résultat :
Une poésie qui parle de chez nous. Sans se refermer sur nous. Ça fait du bien de voir que l’île inspire encore ce genre d’écrits.
Pas des slogans. Des mots qui respirent. Pas besoin d’être un gros lecteur pour y trouver quelque chose. Juste accepter de rester un peu. De lire lentement. De laisser une phrase faire son chemin.
Et puis, qui sait… Peut-être que ça relancera un vent de poésie quelque part à Boyardville ou dans le bourg, entre deux allers-retours sur le pont.
Parce que franchement... Une île capable d’inspirer un PRIX LITTÉRAIRE INTERNATIONAL… C’est pas rien.
—
Auteur : Guillaume
Sites web : https://oleron.short.gy/oleron
Un Quatuor en poésie
Une œuvre poétique écrite non pas pour un quatuor, mais par un quatuor une formation d’amis fidèles, fidèles en amitié et fidèles en poésie.
Elena FERNÁNDEZ-MIRANDA,
Philippe COURTEL,
Roland SOUCHON,
Alain FC MORINAIS,
quatre sensibilités réunies pour le bonheur du partage ; ici, quatre visions du quatuor des saisons, quatre expressions singulières des sens, quatre plumes offertes à la poésie d’aujourd’hui, accompagnées d’œuvres picturales et photographiques, des créations graphiques réalisées par les mêmes auteurs.
Quatre poètes initiateurs de La Nouvelle Pléiade d’Arcueil nous proposent : Quatre mouvements de formes poétiques personnelles pour un ensemble polyphonique remarquable, chacun dans son tempo, jouant sa propre mélodie des mots. Une suite composée de pièces uniques, sans volonté de performances, ni de cohérence littéraire ; l’intérêt résidant uniquement dans la diversité des interprétations de sujets communs : les saisons, les sens.
Quatuor de sensations aux cordes harmoniques différentes, aux tonalités de voix gravées des encres contemporaines, dont l’ampleur des tessitures peut être une réponse aux attentes particulières de chacun.
"Je ferai à la manière des surréalistes : ouvrir au hasard "Au-delà du vent la poussière des roses", c'est ainsi que j'ai déjà lu Et le temps vient et Le visage traversé du temps, me laissant sûre de rencontrer des mots pour moi. Merci" Annie ERNAUX Prix Nobel de Littérature le 25 mars 2025